Samedi 12 mai 2012 6 12 /05 /Mai /2012 10:51

  houv2-011

 

La scène était telle que vous l’imaginez. La salle embrumée, les drapeaux rouges masquent les tréteaux qu’on a dressés sur une estrade. Sur les drapeaux des dates, des écussons, des batailles, l’histoire du bassin minier, celle des grèves et des coups de grisou. Tout est fermé à double tour dans les regards des mecs qui ne veulent surtout pas pleurer. Pourtant ils vont chialer, comme des gosses, on va tous chialer. Même les spectres de 50 kilos à peine dévorés par le cancer du charbon. Plus tard je leur demanderai ce qu’ils regrettaient dans ce charbon qui finit de les tuer, le filet de voix qui sort encore de la gorge répondra que c’était « une vie d’homme ». Une vie d’homme… Elle s’arrête ce soir là.

On est à côté de Lens, les mineurs sont remontés pour la dernière fois de la fosse 4, puits 19, le dernier puits du bassin. C’était il y a 30 ans. La mine s’arrêtait définitivement. Les gars apportent la dernière gaillette comme on porte un nourrisson, ils la donnent au maire, on la porte à bout de bras, c’est là que tout le monde chiale, on hurle l’Internationale, tout le monde, gauche, droite, tout le monde. Rien de politique, c'est le chant de la mine. C’est dans cette histoire là qu’il faut s’inscrire. Une histoire industrielle construite par des capitalistes et des révolutionnaires, par les investissements et les luttes. Ensemble, toujours. Et c'est bien la mondialisation qu'on y célébrait. Des deux côtés. Je n'ai pas de souvenirs de Marseillaise, l'idée de nation n'a rien à faire là.

Un samedi matin. L’aube. Pas très loin du 4/19. Depuis quelques temps les pompiers doivent systématiquement lutter contre des feux de corons. A croire que la misère est inflammable. Les unes après les autres les vieilles baraques ouvrières crament comme des sapins trop secs. Deux adultes sur le trottoir, assis, comateux, assommés. Un jeune pompier qui devient hystérique : « y a des gosses ou pas, y a des gosses ou pas, mais bon dieu y a des gosses ou pas », s’il pouvait les gifler il le ferait. La baraque brule tellement fort que les pompiers hésitent à entrer. Les parents sont barrés. Ailleurs. L’alcool. Des gosses, il y en avait deux. Les pompiers rentreront finalement dans la baraque. Ils n’auraient de toute façon pas pu les sauver. Enfin c’est ce que m’a dit le jeune pompier. C’est ce qu’il s’est dit. C’est ce qu’ils se sont tous dit. Pour trouver la force d’y retourner le samedi suivant. Je vous en prie, ne piétinez pas tout ça . Ce n'est pas une circonscription, c'est le silence après la défaite

 Au printemps dernier, en allant à Soisson je suis passé presque par hasard par le Chemin des Dames. L’une des batailles les plus terribles de la 1ere guerre mondiale. On est saisi, tout de suite par la force que dégage le paysage. Tout y porte le souvenir de la douleur, tout vous incite au recueillement, et d’ailleurs je voyais que les voitures, assez rares, ralentissaient. Rien de tel à Hénin Beaumont. Si vous n’y pensez pas, rien ne vous rappellera que cette terre est aussi celle des défaites économiques les plus terribles de la France industrielle.

 Les choses ont changé depuis, enfin à la marge. Il faut continuer un peu plus loin sur la rocade, « la rocade minière » qui commence quand on sort de l’autoroute, dépasser Hénin Beaumont, rouler vers Lens, Avion, pour trouver les traces d’une histoire qui s’est arrêté au tournant des années 60. Oui, cette région est sortie de l’histoire. 

On a forcément des sentiments complexes face à l’initiative de Jean-Luc Mélenchon. Le premier reflexe c’est de se dire qu’il n’a rien à faire là-bas. Que Marine le Pen y est battue, systématiquement battue, et depuis des années.  Et puis en regardant les choses de plus près, on comprend que depuis trente ans les porteurs de drapeau rouge sont morts les uns après les autres, que le parti socialiste s’est déchiré là-bas dans des querelles et des affaires qui l’ont affaibli, on comprend que cette fois-ci la bataille sera rude.   Et puis oubliez cette ridicule histoire de parachutage. la 6211 ça n'est pas une circonscription, c'est un temple

Alors pourquoi pas, mais je vous en prie, gardez le 4/19 dans un coin de votre tête, regardez le grand terril sur le bord de l’autoroute, on lui a tout fait à celui là, on lui a mis des fleurs, des drapeaux, des slogans, des centres de loisir, n’écoutez que d’un air distrait ceux qui dénonceront dans les images de la mine les « caricatures », ceux qui vous disent que « le Nord a changé », bref, ne vous laissez pas emporter par le cirque, vous allez marcher sur les terres d’une longue histoire.

Par eco-vibes
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Samedi 7 avril 2012 6 07 /04 /Avr /2012 20:21

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    Je sais bien que ça n’a pas de sens de parler de ça aujourd’hui. Simplement le souvenir est trop fort. Il ne s’agit pas d’agiter des peurs. Il s’agit de se souvenir qu'une grande ville d'Europe peut basculer dans l’inimaginable. En quelques jours. J’y ai débarqué la première fois le 5 mai 92, les repères n’étaient pas encore vraiment pris, les dernières forces yougoslaves venaient de quitter la ville, et ce sont ces images là qui doivent rester gravées: parce que les images de Sarajevo en mai 92 sont celles de toutes les villes d’Europe au printemps. Parce qu’à ce moment là, personne, personne n’imagine qu’une nuit noire va s’abattre.  Croyez-moi quand je vous dit que Sarajevo c’est nous, cela reste nous.

 

Les tireurs commençaient à s’installer dans les immeubles. Les voisins commençaient à s’entre déchirer, bientôt ils s’entretueront, en quelques semaines, quelques semaines à peine. Je revois une gamine désespérée parce qu’elle avait des places pour un concert que U2 devait donner à Budapest, je revois des digicodes qui marchent encore, je revois des employés, des secrétaires, des avocats, des médecins, qui ne savent pas encore qu’un litre d’eau sera bientôt leur bien le plus précieux.

Tout va se nouer en quelques jours mes amis. En quelques jours cette ville d’Europe va devenir une ville en guerre, en quelque jours toutes les valeurs voleront en éclat, en quelques jours la survie animale deviendra la seule loi, en quelques jours des jeunes filles pourront se prostituer pour une douche d’eau chaude, en quelques jours des enfants verront leur univers se résumer au salon trop étroit, en quelques jours le silence ne sera brisé que par le claquement des balles et le hurlement des chiens, en quelques jours ceux qui vous verront partir vous diront « revenez avec du lard », revenir avec de l’or n’aurait servi à rien. Voilà mes amis, gardez ça en tête, en embrassant vos enfants peut-être un peu plus fort ce soir, c’était chez nous, la télé, la mode, la musique était les mêmes. Le soir du 6 mai on a regardé la défaite de Monaco contre des allemands, en finale de coupe d’Europe, parce qu’évidemment, on était en Europe. L’Etoile Rouge de Belgrade était peut-être alors l’une des meilleures équipes du monde. Non, personne n'imaginait que la porte qui se fermait alors sans bruit n'allait plus laisser passer personne pendant plus de 1000 jours. Que la seule issue serait de servir de plateau de ball-trap aux snijpers à travers les pistes de l'aéroport. Nous n'en étions pas encore là. Si j'en avais la force il faudrait égréner chacun de ces mille jours, car au-delà de toutes les douleurs, au-delà d'un enfant qui tombe dans la rue, c'est l'ennui, l'ennui effroyable, l'ennui à faire hurler, qui va rendre fous les habitants de ce monde insupportable. Croyez-moi, imaginez les nuits d'hiver, interminables, plus moyen de lire après 4 heures de l'après midi. Attendre. Et ne rien avoir à attendre.

Je me souviens de chacun de ces premiers jours, comment nous avons abandonné une ville qui devenait insaisissable pour attendre les « observateurs européens ». Ils avaient déjà fait la preuve de leur impuissance en Croatie, ils n’essaieront même pas d’entrer dans la ville, laissant le blocus se refermer petit à petit. Je revois des dizaines de visages qui comprenaient que quelque chose de grave commençait. Et je me revois, moi, incapable d’expliquer à Paris ce qui se jouait à ce moment là. Les « musulmans » ? Pourquoi avons-nous, nous même, accepté de faire le tri entre ces citoyens yougoslaves qui savaient qu’ils ne l’étaient plus, mais pensaient qu’ils pourraient encore représenter une communauté différente, forgée par l’histoire, à l’écart du nationalisme absolu. Pourquoi n’ai-je pas hurlé que c’était la guerre d’Espagne qui recommençait là ! Le fascisme contre les démocrates, rien d’autre. Je ne l'ai pas dit comme ça. Honte à moi.

En quelques jours, ce monde qui ressemblait à une grande ville de province est devenu celui que Céline trace en quelques mots : « quand rien ne reste de vivant, que des chats effrayés ». En quelques jours.  Ce que je ressens devant cette lacheté ne s'effacera jamais.

Par eco-vibes
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Jeudi 5 janvier 2012 4 05 /01 /Jan /2012 11:18

Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? On a donc le speaker officiel de la radio d’état qui nous dit que les « journalistes essaieront de faire mieux en 2012 ». Il faudrait que la profession se couvre la tête de cendres parce que Beckham ne viendra pas, que les lingots n’étaient pas en or, que Sarkozy n’est pas un « sale mec ». Je dois en oublier.

Tiens, coïncidence. C’est la semaine dernière aussi qu’on a enterré France Soir. Il se trouve qu’il y a 20 ans maintenant j’ai eu la chance de courir la France et le monde. Le reportage de news commençait déjà à vivre ses derniers feux. Quand je dis ça, je parle de reportages qui pouvaient durer plusieurs semaines. Quasiment invraisemblables aujourd’hui. J’ai donc pu passer de longues heures à discuter avec les derniers dinosaures des années 60. Ceux qui avaient vécu la gloire et l’épopée. François Luizet, par exemple, avait connu le France Soir « de la grande époque », celle des six éditions par jour. Je crois me souvenir qu’il était à Marseille à l’époque : sachez (et je le dis parce que ça le ferait hurler de rire aujourd’hui) que la moitié des histoires qu’il racontait étaient des histoires de bidonnage !

Attention, il y avait une éthique dans l’invention. On pouvait tout se permettre au nom d’une vérité qui dépassait les faits. En gros, vous pouviez inventer le parachutiste désespéré et ses « confidences au bivouac » s’il s’agissait bien de raconter la chute de Dien Bien Phu. Est-ce que je me fais comprendre ? Leur souci était bien de raconter des histoires. Et ces histoires, mieux que des faits parfois, pouvaient traduire la réalité qu’ils ressentaient. Je vais me faire comprendre avec un exemple. 1993, je couvre le tour de France. Dans ces cas-là on est accompagné d’experts, coureurs cyclistes au bord de la retraite. Je peux citer son nom, en l’occurrence Marc Madiot. Un jour il me dit qu’il a vu un coureur faire des pompes à deux heures du matin dans le couloir de l’hôtel

-des pompes ? mais pourquoi ?

-EPO, mon vieux

- ?

-mais oui, EPO, « l’hormone qu’il te faut »

Il m’explique ce que tout le monde apprendra un an plus tard. Cette hormone épaissis le sang et ralenti le rythme cardiaque. Les dosages n’étaient pas encore des plus fiables et les types avaient peur de la crise cardiaque en plein sommeil. D’où les pompes.

J’ai ouvert des yeux ronds comme des billes, et puis je suis parti raconter la course. Pas un mot à l’antenne. Je n’avais rien. Pas de document, pas de seringue. J’étais le produit d’un nouveau journalisme aseptisé. On nous avait élevé à l’école de la « rigueur ». On devait être des centaines à avoir les mêmes histoires. Aucun d’entre nous n’a rien dit. Je reste persuadé que Luizet n’aurait pas hésité.

1986. je suis sur les bancs de l’école de journalisme. Et celui, qui vient alors nous raconter sa vie c’est Edwy Plenel. J’avais été enthousiasmé par l’homme de la « 3ème équipe ». Si mes souvenirs sont exacts, il écrivait alors avec Georges Marion des « histoires » extraordinaires. Je dis « histoires » parce que je ne sais plus aujourd’hui s’il y a eu, ou pas, une 3ème équipe pour couler le Rainbow-Warrior, qui a donné l’ordre et pourquoi. C’est sans doute écrit et détaillé dans les livres. Ça ne m’intéresse pas. Ce que je sais en revanche, c’est que ce journal qui était celui de mon père, m’était devenu aussi indispensable que les romans que je dévorais.

Mais le plus beau des symboles reste pour moi celui d'Olivier Mazerolle. Je vous remets l'histoire en mémoire. Février 2004. Grosses rumeurs sur le destin d'Alain Juppé. Retrait de la vie politique ou pas? C'est à TF1 qu'Alain Juppé réserve la primeur de ses déclarations. France 2 décide de griller la concurrence et annonce le "retrait". Ce soir là, Juppé dira pourtant le contraire. Cette affaire coûtera sa place à Olivier Mazerolle, directeur de la rédaction. Or, c'est bien lui qui avait raison! Alain Juppé, il est bien parti compter les pingoins au Quebec. Quel était l'honneur du journaliste? Relayer la parole, ou la décoder? (lisez les communiqués de l'époque des syndicats de journalistes, c'est à pleurer de conformisme)

S’en souvient-il Edwy Plenel ? Moi je me souviens de chacun de ses mots : « vous n’avez qu’un devoir, donner à vos lecteurs l’exhaustivité de vos sources ». Voilà. Ne certainement pas prétendre écrire l’Histoire. S’en suivra une période pendant laquelle beaucoup d’entre nous vont oublier ça. La connivence viendra ensuite éteindre les derniers feux de l’enquête. Une histoire encore, autour de Jussieu, la fac parisienne. Là encore je suis un peu tendre. On m’envoie un document sur l’amiante dans certains labos. A l’époque, je ne sais plus pourquoi, Claude Allègre ne veut pas entendre parler de cette histoire. Il le fait savoir. On ne parlera pas de l’histoire.

Cette période est révolue. Et chacun d’entre vous doit s’en féliciter. On va se tromper, raconter n’importe quoi, destabiliser, provoquer, et alors ? Chacun pense ce qu’il veut de l’histoire Hollande, mais la posture de jouer au « sale mec » est tout de même étrange. On en a parlé, vous avez eu la diversité des sources. Vous savez ce qu’il en est. Nous travaillons en ce moment sur la TVA sociale. On sort un premier scénario, d’autres suivront, le débat va bouger, vivre, vibrer. Beckham ne viendra pas ? Je reste persuadé qu’il a failli venir. Parce que je fais confiance aux « sources » de mes confrères. Il aurait fallu attendre ? Renoncer à cette histoire formidable? Ne plus rêver à « posh » avenue Montaigne? Renoncer à « vendre du papier » ?

Surtout pas. Oui, les journalistes doivent « vendre du papier », ce doit être leur obsession. Ce que sont en train de réinventer un certain nombre de titres dont le combat peut vous sembler manquer d’objectivité. Mais justement vous faites le tri. Comme tous les clients de tous les business de la terre. On va trop loin ? La sanction du lecteur est automatique. Je le vis tous les jours. Elle peut, en plus, aujourd’hui, s’exprimer massivement, en direct.

Pas plus que les parlementaires les journalistes ne doivent avoir l’ambition d’écrire l’Histoire. La « rigueur » m’a fait périr d’ennui avant que je décide de m’en affranchir. Luizet, encore lui, me citait Lazareff: "la presse, ça pue, ça salit les doigts, ce qui peut lui arriver de mieux c'est d'emballer le poisson le lendemain". Un silence, et puis il ajoutait:

-tu sais quel est le problème avec le métier, maintenant?

-?

-les journalistes ne boivent plus

Provocation qui n'avait qu'une seule signification: arrêtez de vous prendre au sérieux, jeunes cons!

Enfin je ne résiste pas à dire un mot à Daniel Schneidermann et à sa ligue de vertu. As-tu oublié la guerre des cliniques à Marseille? Quels papiers formidables. Je ne manquais pas un seul épisode du feuilleton, c'est dire si j'ai été surpris quand le type que vous aviez décrit comme un assassin à longeur de colonnes a été acquitté aux assises. Et la "manoeuvre précise et hardie" de la division Daguet dans le désert irakien. On était ensemble dans cette guerre du Golfe qui n'en était pas une. En fait de manoeuvre, on avait encerclé de pauvres gars rendus sourds et fous par 40 jours de bombardements. On l'a su plus tard. En attendant on a raconté, ensemble, une belle histoire. 

Chers lecteurs, auditeurs, télespectateurs, nous devons vous garantir la transparence et l’honnêteté intellectuelle. Rien de plus. Nous sommes les témoins du mouvement. Accompagnez nous dans l’allégresse !  Je vous promets qu’on va se marrer

Par eco-vibes
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Dimanche 11 décembre 2011 7 11 /12 /Déc /2011 16:44

 

retrouvez tous les commentaires et les impressions matinales de l'équipe de Good Morning Business sur le site BFMbusiness.com, le blog Eco-Vibes

 

à tout de suite !

Par eco-vibes
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Samedi 3 décembre 2011 6 03 /12 /Déc /2011 10:13

C’est une opération des plus simples : 5 = 12,5% de 40. Si vous retirez 5 heures de travail par semaine et par unité de production à une entreprise qui en avait 40, vous lui retirez 12,5% de sa capacité de production. Si vous considérez que la production crée la richesse, vous retirez 12,5% de richesse.

Cette phrase simple, vous n’avez plus le droit de l’écrire. Cette phrase simple est une sorte de « point Godwin » de l’économie en France, le point extrême au-delà duquel la discussion n’est plus possible, la ligne de fracture absolue.

Chez un interlocuteur de bonne foi, cette phrase simple suscite l’incrédulité amusée, un peu comme si l’on racontait que l’on avait envoyé un fax, cherché une information sur minitel, renouvelé son abonnement à France Télécom. Un truc de vieux qui « décidément ne comprendra rien »

Chez un interlocuteur militant bien disposé, cette phrase simple suscite une avalanche de chiffres sur les gains de productivité, les allègements de charges, le temps de travail comparé dans les pays développés.

Chez un interlocuteur militant hostile, c’est l’anathème. Vous êtes la voix du patronat le plus rassis, c’est l’exploitation, les russes blancs, le commerce triangulaire.

Pourtant vous avez juste fait une opération.

Les 35 heures sont tellement inscrites dans notre vie que même les entreprises hésitent à en demander l’abrogation. Le MEDEF est-il vraiment clair sur cette question ? J’en doute.  l’UIMM, le porte parole de l’industrie, insiste sur les charges sociales, la flexibilité du contrat de travail, la refondation du dialogue social. Pas sur les 35 heures. Parce que les entreprises ont « fait avec », comme elles font avec les 2500 pages du code du travail. Parce que l’Etat accepte de payer cher (entre 15 et 20 milliards) pour compenser la perte d’exploitation et subventionner les heures supplémentaires. Ces 35 heures sont pourtant à l’origine de la smicardisation de notre société (les allègements de charge pour compenser s’arrêtent à 1,6 SMIC, et donc passer au-dessus devient une augmentation compliquée à gérer pour les entreprises), mais les syndicats et les partis de gauche considèrent qu’il s’agit d’un acquis social.

 

Voilà pourquoi Nicolas Sarkozy a tort. Voilà pourquoi rallumer cette guerre c’est rallumer une guerre de religion.

J’ai le sentiment que durant cette crise, la culture économique progresse. J’ai le sentiment que les entrepreneurs marquent des points dans le discours médiatique. J’ai le sentiment que l’industrie retrouve quelques lettres de noblesse. Or notre pays a besoin de consensus. Se battre contre les 35 heures, c’est l’assurance de le briser.

 

Il le sait parfaitement le président, qui n’a pas touché au symbole ces 5 dernières années, préférant tranquillement contourner l’obstacle. Mais là c’est la bataille du premier tour ! Il faut trouver des symboles de combat.

Les 35 heures sont une religion dans ce pays, quoi qu’on en pense. Un homme d’ Etat devrait s’inspirer d’henry IV, entrer dans l’Eglise, même s’il sait que 5 = 12,5% de 40 . 

Par eco-vibes
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